17.01.2011

Retour annoncé

A courir par monts et par vaux, Hélène ... aurait-elle perdu ses sabots ?

Voir dans les archives des Cdécritures.

16.12.2008

En force, en 2009, ils reviendront

Joyeux noel et merveilleux début d'année

Henri et ses amies vous remercient d'être venus les lire et regarder cette année encore.

Henri et les siens seront absents jusqu'au 15 janvier 2009.

Le site http://xianhenri.be reste accessible.

A bientôt pour une nouvelle vraie bonne année !

11.06.2008

Ailleurs

Blogonaize

 

Le saviez-vous, les billets des amis se lisent aussi ici, en bas dans la colonne de droite, n’hésitez pas à cliquer sur http://www.xianhenri.be/action/blogs.php?lng=fr

 

Il trépigne avant de trépasser

Mister Hyde, enfin, presque

Prof

 

Et aussi d’autres dernières nouvelles : http://www.xianhenri.be/action/news.php?lng=fr

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Le carnet d'Isa

• Crayon noir

Henri

28.03.2008

Perdre ses racines

Je pense que pour vivre, il faut s'y prendre très jeune, parce qu'après on perd de sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux, disait, paraît-il, Romain Gary. Il avait raison, d'ailleurs son suicide prouve sa hantise de vieillir, il avait peur de ne plus bander, cet innocent, il avait juste oublié que ce qu'il avait perdu en fraîcheur, il l'avait gagné en retenue, lui si bien éduqué, façonné par sa multiculture inhumaine ; Romain Gary, d'origine juive et slave, français par choix, moitié américain, mi-européen, est un exemple de la non-finalité de ce brassage qui ne débouche ni sur la diversité ni sur l'uniformité mais sur la perte de toute substance individuelle.  Pourquoi suis en train de citer Romain Gary ce matin, je n'en ai aucune idée, peut-être le regret de n’avoir su en lire que quelques lignes éparses, j’ai toujours refermé ses livres de quête à l’inaccessible espoir qui ne sont quetomne alors que je veux vivre intensement mille printemps.J'ai reçu une éducation judéo-chrétienne européenne, je déplore que le consensus politique ait submergé ma culture et je pense que la perte de ses racines conduira le peuple de mes régions à l’oubli.Mourir, c’est cela, c’est être oublié.

(aller chez Xian)

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21.03.2008

d'époque ...

Joyeuses Pâques.

Xian

14.01.2008

Carnet intime

 

 

Être la première

 

 

 

Commencer un jour à faire comme tout le monde, parler à son écran pour parler au Monde entier.
C'est étonnant.

 

 

 

D’autant plus que d’autres parlent de moi ...

 

 

 

La mini s’enfourna dans la Brünigpasse, Hélène a envie de pleurer. L’angoisse l’étreint comme celle qui devait tenailler le pauvre porc-épic qui sans avoir été écrasé devait mourir, sans doute, crever, de peur. Elle poursuivit jusqu’à Meiringen à bonne allure. De temps en temps, des phares éclairaient la plage arrière de la petite bazou orange. Elle traversa l’Aare. Mike avait dit qu’il fallait laisser la carriole se reposer un peu. Elle stoppa devant un hôtel familial de la Grimselstrasse à Willingen. Tout alors va vite, urgence de toi et moi. Ses mains sur ses vêtements, ses mains sur son corps, sa main gauche dégrafe le soutien gorge, que fait-il de l'autre main ? La cuisse gauche est remontée sur le ventre, la robe est boulée autour de la ceinture, une bouée de sauvetage dégonflée puis comme si cela allait de soi il glisse en elle en une adaptation fonctionnelle parfaite... comme la nature est bien faite ! Tout en nous s'accorde à l'autre en une empreinte séculaire de deux corps parfaitement lovés l'un dans l'autre, hors du temps, hors du monde, hors du temps et hors du monde sont précisément les critères : plus rien ne peut les atteindre en ce moment d’île déserte où ils sont deux, elle et lui, lui et elle, un seul être en deux personnes, vagues soleil palmiers sable chaud, étroitement installés l'un dans l'autre il n'y a plus de place pour se toucher, les visages sont immobiles concentrés aveugles et sourds à ce qui les entoure, ils basculent autour d'un axe transversal qui les mène à l'extase. Plus tard, lorsque la sève se répandit en elle, elle feula vraiment tigresse et griffa Mike, puis elle pleura et les cheveux brouillé sur l’appuie-tête, sanglotant...  
— Il faut que je te dise ...  
— Ne dis rien, je sais ... Sauf qu’il se posa la  question : qui est
Borgès ?

 

22.11.2007

Qui de droit ...

Oui, QUI ?

 

Le choix existe entre le monde des connasses brutes grévistes et celui de la douceur des préceptes du dalaï lama ...

Daily lama, pas mal trouvé me dit la rédac'chef ...

 

Parfois il y a des rencontres du troisième type, par exemple « Qui de droit » ...

Pour xian@xianhenri.net:        
: Sylviane DUSSERRE/ALPESSUD/EGS/EDFGDF/FR)
        Objet :        Encore un mercredi

 

SVP PLUS D'ENVOI D'E-MAIL NI AU TRAVAIL, NI A MON DOMICILE.
PREMIER ET DERNIER AVERTISSEMENT AVANT INTERVENTION A QUI DE DROIT.

S.D.

Objet du délit : le mail d’Émile du mercredi ...
Si je n'étais venu, auriez-vous remarqué que nous étions mercredi ?
 
http://xianhenri.be/prognonstop/Nonstop432-3.htm
 
Allez-vous rester distrait ?

 

Dont acte.




 

20.11.2007

La cafette

News ...

quotidienne ...

Henri sais faire un bon café

18.05.2007

Abonnez-vous ...

Image4

26.03.2007

Lien

Quoique puisse laisser apparaître ce site pompeusement nommé Blog, je n’ai pas la communication facile. Je ne suis pas d’un naturel très extraverti, je ne suis pas le champion de la conversation, encore moins le king du téléphone. Ce sont des particularités qui ne sautent pas immédiatement aux yeux à la lecture découverte d’un texte d'un carnet de notes. Quoiqu’il en soit un grand nombre de signes permettent au fil du temps, après une fréquentation régulière, de se faire une image, de l’auteur des écritures, de l’occupant des lieux.
Je n’ai à ce jour pas rencontré physiquement les personnes dont j’ai fait la connaissance au travers de ce moyen d’expression, à l’exception particulière d’un poète roumain qui sans s’agiter démesurément drainait nombre de curieux. Des autres, j’ai mémorisé des expressions, des couleurs, des attitudes, parfois, est-ce possible, des odeurs, aujourd’hui en dehors du carnet de notes, les voici reliés par un fil ténu qui s’appelle la Dépêche, publié le mercredi, en guise de remède aux accrocs du foot. Les nouvelles quotidiennes se retrouvent chez Henri.
(http://jemappellehenri.skynetblogs.be).

01.03.2007

Je le raconterai quand même, un jour ...

Je ne publierai rien pour l’instant. Sous la pression de Dimitri et plus spécialement de sa femme Jeanne, j’ai juré de ne rien révéler qui puisse faire en sorte que leur vie, paisible actuellement, soit à nouveau bouleversée.  Vous trouverez donc de mes nouvelles, provisoirement et sporadiquement dans les notes publiées dans les mémoires de Henri (http://jemappellehenri.skynetblogs.be).

24.01.2007

Je veux baiser

La vie est une vraie merde. Aux Gros Tilleuls, la musique est merdique et le whisky aussi. Le punch planteur est potable mais fait vomir en fin de soirée, alors je boirai des vodkas et d’autres alcools durs. Le mercredi, soirée spéciale étudiant. Je me suis procuré une fausse carte dans un portefeuille qui traînait au vestiaire chez Henri. A l’époque, elle était vraie mais j’ai dû changer la photo. Un des plaisirs de l’ivresse, se sentir plonger, nager dans le néant. L’autre plaisir est se réveiller le lendemain en constatant que quelqu’un a eu la bonne idée d’apporter l’aspirine effervescente parfumée à la vitamine C. Et mieux, que ce quelqu’un est dans mon lit, que nous avons baisé à en mourir, je n’en suis pas morte et ce salopard va foutre le camp...

Je me suis réveillée en sueur, je l’ai appelé, je n’en peux plus...

Allô, oui, c’est Hélène ...

09.01.2007

La route de l'enfer

Tout avait déjà basculé une fois, puis une autre fois encore mais cette fois –ci, j’aurais dû savoir qu’il n’y aurait rien au bout, il aurait fallu tenir bon, dire je m’en fiche, s’en aller, s’en aller nous deux plutôt que de poursuivre ce chemin vers l’enfer. Les phares de la Mini faisaient danser les ombres, le temps est exécrable, Michael fait semblant de dormir. Plusieurs fois nous avons fait des embardées, j’ai cru voir soudain un monstre ou un gendarme.           
Il n’y avait rien, la fatigue crée des fantômes.

08.01.2007

Il faut que je le dise ...

J’ai longuement hésité avant de me confier à ce carnet intime, quelle vie est encore possible pour moi après tout ce que je viens de vivre ?

 

Je suis rentrée de Lugano, comme les autres, mes voisins, ceux de l’Hulpia. Nous étions trois ménages heureux, il faut oser le dire, vivant sur cette belle colline dominant la vallée de la Meuse.

 

Un matin, la foudre est tombée sur moi ... l’orage sur les autres.

 

Heureusement, nous avons pu compter sur Henri, ce bon vieil Henri !

 

Je me demande si vraiment, il est tellement notre ami. S’il l’est, pourquoi ? Mais peut-être faut-il que je vous raconte tout depuis le commencement.

Y a-t-il eu un commencement ?

 

Avant d’être ici à vous écrire, qu’ai-je été ? Il me semble me souvenir d’une autre vie où j’aurais été écrivain de polars et de romans d’actualités. Est-ce crédible ? Je me laisse dire que j’ai connu le grand amour.

Mais alors , où est-il ?

Oui, il doit y avoir eu un commencement.

En parlerai-je demain ?

 

10.10.2006

Suivi ...

Il est possible d’obtenir le texte complet (en bon ordre de marche) de « POMME » en le demandant gentiment à Xian : xian@xianhenri.net

Une nouvelle romance ... dès janvier prochain, sur cette même longueur d’ondes...

Et en attendant, le rendez-vous quotidien de Henri vous sourit ...

07.07.2006

C’est bientôt fini avec vos fantasmes ?

— Ça vous va, comme ça, Mademoiselle Isabelle la chicanière, d’après vous, les lecteurs auront-ils cette fois compris que l’amour est venu de la genèse, qu’il y a eu le printemps, que nous sommes à l’été et que l’automne et l’hiver vont inévitablement surgir et qu’il se pourrait donc qu’il y ait autre chose dans la vie que l’amour.

 

— Dites-donc, comme dirait le curé, jusqu’à présent ce n’était pas sublimal, c’est un amour très porté sur la chose. Dans votre bouquin, les situations sont souvent tendues, dirais-je pour faire un jeu de mots.

 

— Très faible, mauvais, révisez votre leçon, mauvaise tête. Vous auriez pu dire : est-ce un pic, est-ce un cap ... Seriez-vous jalouse ? N’approuvez-vous pas la théorie qui dit qu’un sein n’est beau que dans une main d’homme, qu’une fesse n’est admirable que si elle est flattée, que les jambes sont splendides uniquement lorsqu’elles savent s’ouvrir.

 

— C’est bientôt fini avec vos fantasmes ? Voilà, j’ai des seins, des cuisses, des fesses et même un sexe. Tout de même, j’aimerais que mon amant y place aussi un peu de romantisme. J’ai aussi un nez, deux yeux, une bouche, un front, un cou, une nuque, un dos, des chevilles et des poignets, des mollets, des hanches...

 

— Reprenons, au lieu de nous égarer sur la pente de vos courbes :

 

Allongé sur le ventre, dans les fougères le chien léchait doucement ...

 

— Ça y est, nous revoilà dans le libertinage, vous ne pensez qu’à ça ?

 

(à suivre chez

 

http://pomme.skynetblogs.be/

 

)

06.07.2006

Attention, voici des hommes et leur chien.

à lire chez

 

http://pomme.skynetblogs.be/

 

 

24.06.2006

Elle était nue

 

 

 

La robe de chambre de Pomme s’ouvrit magiquement. Elle était nue dessous ; elle prit le poignet de l’homme et conduit sa main jusque sur son ventre.

 

à suivre chez

 

http://pomme.skynetblogs.be/

 

 

22.06.2006

Et si nous vivions heureux avant de mourir.

Elle explique aussi que des grands baraqués, il en vient assez bien ici, puisque la semaine dernière, il y en avait une bande toute pareille mais qu’eux, ils parlaient une sorte de dialecte arabe, ou quelque chose d’approchant.

 

Le soleil est encore haut dans le ciel, si on allait à la plage, dit-il.

Allongée à côté de lui, elle dit quelques mots puis comme la conversation s’oriente vers le sport, elle veut lui dire ce que lui a expliqué la Norvégienne, lui raconter les grands baraqués qu’elle courtise, mais il lui ferme les lèvres avec des baisers.

 

Ce fut la cinquième minute de distraction de l’amant de Pomme.

 

La semaine s’est écoulée, avec un moment d’émotion, quand on a appris, un soir que le club de vacances, frère de celui-ci, à côté de Corinthe, avait été attaqué par six gangsters venus de la mer en vedette rapide. Un vrai commando qui avait dévalisé le coffre et tué un gardien et un vacancier – on sut plus tard qu’il s’agissait du fils d’un magnat du pétrole. Les judokas qui s’entraînaient au moment où la nouvelle fut transmise, cessèrent de lutter, firent un petit conciliabule et on ne les vit plus. L’amant de Pomme fut morose ce soir-là. Puis ils ne fréquentèrent plus personne et s’en allèrent dans les dunes, dans les pinèdes, sur les plages, où le soleil fut témoin de leurs tendresses ; ils somnolèrent au creux des sables ou sur un bord carrelé de piscine, en jetant des noyaux d’olive aux grosses fourmis noires. Après qu’ils eussent fait l’amour, à la plage, elle s’endormait, rayonnante, sans une parole, le laissant avec son corps inerte, son cœur boum-boum et son esprit vagabond.


Chaude du soleil accumulé, elle se lève et saisit le chemisier qu’elle avait emporté sur l’estran. L’homme la suit un instant du regard puis se dressant lui donne une tape sur le derrière, la capture aux épaules, Pomme se dégage et agitant les bras, fuit vers la mer, entre dans l’eau. D’un grand élan de rugbyman, l’homme la plaque au sol et ils tombent, s’éclaboussant d’eau salée. Ils font l’amour dans l’eau.

 

Le soir dans la case du club, il veillait plus longtemps qu’elle, caressant le duvet curieusement blondi du bas de ses reins, le soleil lui allait comme le plus beau costume du monde, quelle autre parure l’aurait plus embellie ?

 

Les valises furent poussées dans le coffre de la GS et après avoir jeté un coup d’œil aux cartes routières, on s’en alla.

San Vicenzo, Rossignano où ils s’arrêtent, Pomme alla acheter des fruits, lui discute affaires avec un ingénieur de Solvay. Livourne où il lui montre un porte-avions amarré au large, sont traversées pour arriver enfin à Pise. Elle exulte, cette tour qu’elle a toujours rêvé de voir est bien là et elle penche bien. Que d’un seul côté disait Robert Lamoureux, mais c’est chouette de la voir, d’y grimper, d’admirer de là-haut le Dôme du baptistère, la ville, la campagne environnante, l’Arno qui charrie des effluves de Florence. Pomme s’extasie de tout, vit intensément chaque seconde de sa vie et chaque minute de la vie avec Pomme valait qu’on lui sacrifiât une vie.

 

A l’hôtel, elle fut, ordinaire et perpétuelle donc gourmande de tout, remuante, belle à voir et désirable pour tous. Elle vint à table couverte d’une sorte de faux voile qui se boutonnait sur l’avant. On les casa dans un coin d’où il et elle pouvaient y voir l’entrée, les serveurs qui passent plateaux en mains, les lustres et le décor.  Au-dessus d’eux, un bougeoir antique que Pomme voulut voir de plus près. Dans son geste de lever le bras, le tissu qui la recouvrait s’est ouvert et son sexe nu fut visible, un vrai sexe nu, sexe de petite fille, une simple fente, un coup de couteau dans un abricot, ils avaient passé leur dernière soirée de vacances à la raser et à l’épiler, toute entière. Elle était lisse comme un nouveau-né, bronzée avec des zones pâles sous les bras, sous le ventre. Bien qu’il la fit rasseoir, il ne fut pas convaincu de ce qu’elle lui dit :


         Ils n’ont rien vu, tu sais, ils ne sont préoccupés que de leurs sauces et de leurs vins.

         Tout de même, fit-il.

         Tu crois qu’ils ont le téléphone ?

 

 

Elle le déconcertait à chaque instant depuis qu’il la connaissait et c’est ce qui faisait une grande partie du charme sous lequel il était définitivement tombé. Elle partit se renseigner, descendit au sous-sol où il y avait des téléphones à la disposition des clients, appela sa maman pour lui dire que tout allait bien, soleil merveilleux, vacances itou, on rentre bientôt. Tous les hommes accrochèrent leur regard à ses cuisses découvertes alternativement par sa démarche lorsqu’elle revint. Dans leur chambre où elle sauta sur une valise en disant oh là là ce n’est pas plus convenable, elle reparut vêtue d’une chemisette courte s’arrêtant juste à la naissance des cuisses et qui ne révélant rien de façon si précaire n’en était que plus provocante et demanda si on allait encore faire un tour, une petite balade en amoureux dans Pise.

 

Une nuit à Pise puis la route par de jolis villages marbriers, puis l’autoroute Gênes, Milan, Côme, amènent à Lugano.

 

Il se rappelait qu’il avait souhaité venir, sur cette terrasse face au lac avec elle. Et ce soir, ils étaient là. Après avoir copieusement dîné, ils se promenèrent tendrement enlacés, dans le parc, flânèrent un peu dans les rues en pente, regardèrent les montres et les bijoux exposés dans les boutiques sous les arcades de la via Nassa.


 Rentrée dans la chambre, elle rejeta sa chemisette s’étendit sur le lit et l’accueillit comme un catcheur reçoit son adversaire. Ils avaient fermé les persiennes et les rideaux ; la touffeur du lit les emprisonna, les reins de l’homme se mirent à s’agiter, les seins, de doux petits seins en pomme glissaient sous les paumes agissantes de l’homme ; elle parlait, elle disait : tu t’appelles comment, c’est la première fois que tu viens ici, moins vite, arrête, là, oui, oui, là, plus fort, plus fort, plus fort, fort encore, encore, déjà fini. Ils s’endormirent l’un dans l’autre. C’était la tendresse.

 

Le matin, comme il dit qu’on allait faire encore un peu de tourisme, d ’école buissonnière du côté de Lucerne, elle lui dit : Comment veux-tu que je m’habille, toi si tu veux, tu es en short mais un homme c’est beau en short, une femme cela doit être habillé. Parce qu’on quittait le soleil, les convenances revenaient-elles, ce qui ne l’est pas, ce qui est bien ce qui est mal ? La robe fut blanche et pure avec des manches et une longueur raisonnable de la taille aux genoux, on pourrait visiter des églises. Des boucles d’oreilles et un collier qu’elle avait rapporté du carnaval de La Nouvelle Orléans en firent un joli jour d’été.

 

Et si nous vivions heureux avant de mourir.

17.06.2006

Ippon

Ils piquèrent quelques têtes dans la piscine, et pendant que Pomme assortissait la couleur de sa peau à celle des autres dames, il se mêla à quelques joueurs de water-polo, tous de haute taille, cheveux taillés en brosse, gueule carrée, épaules larges, cuisses et biceps saillants. Pomme vit son amant faire bonne figure parmi les jeunes nageurs. Il prit même la fonction de capitaine d’une équipe.

Ensuite, ils partirent en un sprint sur l’allée puis s’enfoncèrent pour un cross-country transpirant dans la pinède. Lorsqu’ils sont revenus, tous avaient grand faim et l’on se donna rendez-vous à table. A grand bruit, on emplit souvent le gobelet à vin de Pomme, on lui fit goûter des grillades, des salades, des desserts. On l’appela mascotte. On expliqua à Pomme que c’était un joyeux groupe de célibataires, on parla de voitures, de voiliers, de sports de combat où l’on invita son homme à venir se mesurer avec ces gaillards-là, on inventa des histoires drôles pour la faire rire et de franchement grivoises pour la faire rougir. Ce qui n’empêcha pas Pomme de s’apercevoir qu’ils n’étaient pas si superficiels qu’ils voulaient bien tous le paraître, ils ne parlèrent pas de métier, ni de profession, mais abordèrent des sujets de personnes cultivées où elle eut peine à suivre la conversation, parfois il fut question de Bembo, du Quattrocentro, de Confucius, à un moment, d’Epicure, d’Eschyle, d’un certain Froissart qui ne devait pas être le chroniqueur connu, puis des Glénan, ce qui fit tourner la conversation uniquement autour des barreurs et autres tireurs de drisses.


 Pomme était fatiguée, elle leur fit révérence et partit faire une sieste.

 

Vers cinq heures et demie, Pomme s’étire, constate qu’elle est seule. Elle se lève, noue à même la peau un paréo or et carmin, quitte la cabane, contourne la petite pièce d’eau où s’amusent des enfants nus, dépasse un couple de hippies, regarde du côté du bar. Ah ! Oui, se dit-elle, ils ont parlé de sport de combats, alors, elle se renseigne et un garçon courtois lui indique le chemin pour se rendre à l’aire d’escrime et aux rings divers qui sont installés en plein air, derrière des buissons odorants et fleuris. Son amant, revêtu d’une sorte de pyjama, fermé par une ceinture noire se débat contre un grand athlète à la calvitie rosâtre. Quel fameux coup de soleil sur le dessus du crâne ! pense Pomme. Fulgurante, une pirouette magistrale projette le chauve dans les airs et un personnage qui se tenait sur le bord du tapis crie : Ippon.

 

Pendant que les hommes continuent à se tirer, se pousser, s’envoyer en l’air, Pomme parle avec des femmes assises sous l’auvent de la hutte qui sert de vestiaire. Elle lie connaissance avec une Norvégienne qui trouve les combattants très beaux et déjà a décidé de mettre le grappin sur le grand qui s’appelle Claude. Elle dit avec un sourire angélique, qu’elle aimerait bien faire du judo avec lui, comme quand ils s’attrapent, en rampant, là sur le sol, tu vois !

 

(à suivre)

16.06.2006

Vous êtes donc allés en vacances.

Le lendemain ; à moins que ce ne fut le surlendemain, après avoir remonté encore un peu vers le Nord, ils s’arrêtèrent dans un de ces camps de vacances où tout est compris dans le prix, et plus, si l’envie vous tente. Ici, pour se faire couleur locale (mais, les organisateurs avaient dû confondre palmiers du Pacifique et pins de Toscane), on logeait dans des sortes de huttes. A défaut de confort, bien qu’il y ait de l’eau chaude aux sanitaires, les repas étaient pantagruéliques.

Quelques Italiens, pas mal de Français, des Belges, un groupe d’Anglais désespérés, un Turc ou deux, une famille libanaise, un Suisse, des Hollandais en nombre et une foultitude d’Allemands et de Scandinaves, en tout : près de deux milles personnes circulaient plus ou moins nus, cherchant qui dans le bain de soleil, qui dans l’apprentissage d’un sport à la mode, le teint, le geste ou la parole qui feraient que l’on dirait de lui dans quelques jours : Tiens ! Vous êtes donc allés en vacances. Car quoi de plus dramatique que de ne pas faire comme le monde, à tout le moins, d’en avoir l’air ?

14.06.2006

les voici prêts à se redévorer

Il était préparé depuis longtemps à la mort, il savait qu’elle viendrait un jour, à l’improviste, un tueur dans la foule, pas de bruit apparent, l’agression par inconnu où le stylo bulgare qui fait que l’on dira de lui : C’est vrai, il avait le cœur faible. De temps en temps, il se disait qu’il était fou de l’entraîner ainsi avec lui, elle, si vivante ; il l’enlaça plus fort, et ils firent demi-tour, s’en allèrent vers leur hôtel, courant presque.


Elle avait senti comme un fluide, elle aussi et se pressait, avec lui, pour retrouver la chambre d’hôtel, les draps, leurs corps nus.

Les lèvres ont trouvé des lèvres. Un long moment de baiser s’installe, puis, passé ce seuil délicieux commence un long voyage vers un port lointain dont ils rêvent l’un et l’autre, un port qui ne ressemble pas à celui où l’on vient de se promener, un havre qui n’est ni dans les atlas ni au bout d’un sextant, un abri fermé aux soucis et ouverts aux horizons nouveaux. Il y a sur la route des vagues, un bigorneau égaré qui raidit soudain comme un cabillot. Les commandes du chadburn s’affolent et des liquides mousseux, des étoiles de mers, des bernard-l’ermite surgissent, et voici que d’étranges échanges se font, il fait croupiat, elle flotte un instant et s’accroche, s’évanouit, revient, le brouillard est tombé, on se devine par des râpes, des satins, des mâts, des sources, des brûlures, des frissonnades ; des nudités se succèdent dans des vallées et des montagnes et quand, se désunissent leurs lèvres, ils sont ivres d’eux-mêmes, transfigurés, sublimés, épuisés, ils n’imaginaient pas ce plaisir-là, ces frénésies, ils se quittent pour un temps, mais ils communient si bien qu’à nouveau les voici prêts à se redévorer l’un l’autre.

 

12.06.2006

Dans son rêve d’amoureuse

Lorsque le personnage entra dans le champ de vision de tous, le petit garçon appuya posément sur la détente et un bruit sec retentit. La surprise de l’arrivant fut totale, il tourna la tête et, une frayeur intense aux yeux, dévisagea simultanément le premier cow-boy, le shérif (c’en était un, puisqu’il arborait une étoile de carton brillant piquée à la poitrine) qui venait de faire feu. Pomme buvant goulûment à la fontaine et son homme qui se glissait dans un groupe de visiteurs. Le nouveau venu, pâle, tourna rapidement les talons et l’amant de Pomme avança à grands pas vers le petit garçon, saisissant le jouet des mains, il visa le grand blond qui s’éloignait et fit « Bang », en disant « Morto ». Il rendit le revolver au gamin en glissant de surplus, une centaine de lires dans sa petite main. Le visage du cow-boy fut illuminé d’un sourire impayable, puis, l’enfant se précipita vers trois indiens qui débouchaient, se courbant, d’entre les véhicules stationnés.

 

Après Ostia, on décida de remonter le Latium et d’aller aux sources du gai savoir romain, l’enlèvement des Sabines et tous les rêves archéologiques qu’apportent les alentours de Tarquinia. Que d’aventures et de fantasmes auprès des Tarquins, dans les coulisses de l’exploit avec Lucrèce,


 imaginer les glaives et les combats, les soldats décorés de phalères, les fantassins obstinés et puis comprendre le merveilleux, le suprême : la découverte par des êtres frustres d’une civilisation hellène raffinée, la construction du droit en même temps que la mise en œuvre de chantiers défiant le temps, l’accès à l’égalité politique des plébéiens et des patriciens. Que d’images dans quelques débris de vases de nuit, d’amphores à vin, de lampes à huile, de bronzes rongés.

 

Chimères d’hier et de demain, restons vrais, mon amour.

 

La voiture quitta la grand-route et dévala un sentier rocailleux pour s’arrêter sur un terre-plein mousseux. Au-delà, s’avançait une belle plage de sable.

En deux temps trois mouvements, elle fut nue. Il faisait beau, la douceur de l’air marin atténuant l’ardeur du soleil était tout plaisir pour la peau. Pomme se glissa dans la mer, s’amusant à se laisser porter par les vaguelettes, tantôt sur le dos tantôt sur le ventre au gré des courants.

 

Sortie nue de la mer, elle vit son homme qui la regardait et qui lui dit :

— Je te regarde, belle déesse qui aurait séduit l’Olympe entier. Tu sais comme j’ai envie de toi !

 

Mais la déesse est frissonnante, alors, il ôte sa chemise et l’essuie des pieds à la tête. Il lui frictionne le sein, remonte la fesse, passe sa


chemise déjà trempée entre les cuisses s’attardant sur la toison brune.

 

Et ils firent l’amour, simplement.

 

Le lendemain, on sut que le Pape était mort.

 

On l’apprit à Viterbo dans un magazine, en sirotant, l’un une anisette, l’autre un citron-menthe, il avait l’air contrarié et il fallut qu’elle le tire par la main pour l’entraîner chez les fabricants d’onyx. Mais il était distrait. La visite fut écourtée et après qu’il se fut isolé pour téléphoner, pour affaires, on quitta la ville. Les virages de montagne furent avalés en un temps record. Il conduisait comme si c’était un super-rallye, comme s’il avait le feu aux trousses.

 

—Va moins vite, veux-tu, je sens que je deviens malade.

 

Il ne répondit pas, lui toujours si prévenant n’eut d’autre geste que de lui boucler sa ceinture de sécurité. Au bas de la montagne, il vira sec dans un chemin campagnard et immobilisa la voiture entre des oliviers et de grands roseaux. Là, Pomme rendit son si bon repas de midi et toute pâle, s’assit quelques instants sur un rocher avant de remonter dans l’auto. Elle aurait voulu dire un mot mais elle vit bien que ce n’était pas tout à fait le moment choisi. Il la regarda gentiment puis un voile de tristesse passa dans ses yeux verts.


On reprit la route, à allure normale, cette fois, pour lui, ce qui était encore très rapide.

On roula le long de routes ombragées dans les campagnes. Il avait l’air d’être inquiet, mal à l’aise, surveillant plus qu’à l’accoutumée les rétroviseurs, les carrefours que l’on franchissait, les voitures que l’on doublait. On fit quelques demi-tours. Pomme en fut étonnée. Jamais, il ne se trompait d’itinéraire !

 

Enfin, le couple arriva à Civitavecchia, mais à la surprise de Pomme, on ne s’arrêta pas à l’hôtel dont on avait parlé. C’est complet disait-il, je leur ai téléphoné. Mais, ici, près de la gare, j’en connais un autre où il y a toujours de la place. Effectivement, le couple fut bien reçu par une soubrette qui appela un garçon d’étage. Pomme ouvrit les valises, sortit des vêtements, se changea. La sorte de course dans la montagne était oubliée et on allait jouer Sand et son amant sur la côte italienne.

 

Après, une première promenade sur les principales avenues, une balade de reconnaissance comme il disait, ils rentrèrent. Pomme se voulut très belle pour qu’il oublie la laideur d’un moment, cet instant de maladie dans la montagne. Après le bain et un temps pour arranger sa coiffure, elle vint à lui qui était assis sur la terrasse.

— Ravissante, lui dit-il, et lui prenant la main, il la fit courber pour l’embrasser. Le couple se rendit au pas de promenade dans un restaurant calme où il leur fut servi des plats qu’elle n’avait encore jamais mangés et qu’il avait commandé en italien. Tiens, dit-elle, tu parles italien ? Mais non dit-il en riant, je répète ce que je lis sur les menus. Mais elle ne fut pas convaincue. Alors, elle se rappela qu’il réagissait parfois trop naturellement à des conversations à peine entendues ou encore qu’il lui rapportait trop vite des nouvelles jetées par une radio distraitement écoutée, en voiture.


Mais dans les affaires, n’est-il pas normal que l’on sache plusieurs langues, et de voyager sans cesse comme il le faisait n’avait pu que l’amener à comprendre, sans doute, bien des expressions courantes dans les pays visités. Le repas, délicieux, terminé, ils s’en allèrent vers le port et durant une bonne heure, respirèrent, tendrement accolés, l’air de la Tyrrhénienne. Entre deux baisers, elle l’écoutait lui dire que s’il faisait clair on pourrait voir l’île de Montecristo, peut-être même la Corse. Dans son rêve d’amoureuse, elle l’entendait parler doucement de ces odeurs de mer, de poissons, de cordages, d’huiles diverses. Ils grimpèrent des marches qui menaient près d’une sorte de phare. Non, lui dit-il, ce n’est pas un phare, c’est une tour qui porte un feu de repère, tu vois, disait-il, ce feu-ci est rouge, et l’autre, là-bas est vert, pour les gens de mer, cela veut dire droite et gauche et qu’entre les deux, on peut naviguer pour venir à l’abri. Et la petite lumière qui clignote, tu vois ? Un peu à ta gauche, eh bien, c’est un duc d’Albe pour que des bateaux s’y amarrent en attendant de venir aux quais de déchargement. Et l’autre petite lumière, celle qui clignote vert puis blanc, c’est une bouée de coffre pour embosser des grands navires qui eux, ne viendront pas plus près du bord.

10.06.2006

une Pomme multicolore.

Ce début de soirée baigne d’une atmosphère claire-obscure. Des vapeurs bleuâtres d’enfer de boulevard circulaire s’élèvent, montent en colonnes vibrantes de chaleur. Dans le fond, des collines et par-dessus, des nuées blanches qui leur font des frises fantastiques, ici une montagne supplémentaire, là un avenir d’apocalypse. Aurons-nous la pluie, un orage ? Pleut-il donc à Rome comme dans n’importe quelle ville banale ?

Ils n’étaient pourtant jamais dans des villes banales, dans les villes où ils passaient, quelque chose se passait. Que lirait-on dans la presse cette fois-ci ?

 

De ce côté-là l’ancien domaine olympique, et plus loin une ville européenne, par ici, des immeubles de briques, des immeubles de bétons, jouxtent, là des toitures géométriques, plus à gauche les toits plats des habitations populaires, un parc arboré, des rues vivantes, trop encombrées. Les jardins de la villa... qui n’est pas vraiment une maison, tu sais, Pomme ? des pentes où se dressent des usines et des églises, des vestiges de l’ardeur musculaires des chemises brunes et encore des rues, plus étroites, sinueuses, une population près de trois fois millénaires qui s’accroche à d’immenses pans d’éternité ruinée.

Voici leur hôtel, charmante bâtisse, ineffablement romaine, au jardin minuscule et qui est toute l’Italie de verdure, de fleurs et de présence et même s’il n’est comme tous les albergi que médiocre banalité, mobilier passe-partout et service, ... service ? Cet hôtel ne peut-être que beau


 puisque Pomme va y loger. Ils avaient même reçu une confirmation de leur réservation, qu’il faut toujours, en Italie particulièrement, interpréter de la manière la plus optimiste : effectivement une chambre pourrait avoir été réservée à leur intention.

 

Le Milanais va à la Scala, le Romain va au restaurant, c’est bien connu. Quel enchantement vont-ils vivre, Pomme devant, mille fois répétées, une église catholique, une glace à la fraise, un portail antique, une Alfa-Roméo rouge, lui devant, mille fois répétées, une Pomme multicolore.

Pomme absorba la culture et le vino rosso, son compagnon apprit qu’elle aime apprendre et qu’elle a l’intelligence généreuse, qu’elle lui a presque caché ce qui n’était pas son corps.

Un peu déroutés par les horaires inhabituels pour eux, les amoureux déjeunaient seuls, mais le frascati gouleyant avive la bonne humeur et la profusion de légumes verts et rouges enchante l’estomac. Bras dessous, bras dessus, on entre dans les trattorie avant l’heure et l’on peut se reposer les jambes, se déchausser discrètement. Rome est une ville de dix mille kilomètres de long, pour le moins, on monte, on descend, ce matin, entre la galerie Borghèse et le Vatican, des hectomètres interminables de poussière. Hier la basilique de la Porta Maggiore et le Colisée, après la halte de midi, alors que les Romains siestent : le Forum antique ou encore quelque chose du côté du Quirinal ; ils sont fous ces étrangers.


A Rome, Pomme voulut faire des affaires en or, mais son compagnon, vieux routier des capitales lui parla de demain, de quand on reviendra, de voyons d’abord autre chose. Il sait, lui que comme la vie est pour rien, à Rome, on s’y ruine. Et aussi, toujours comme une inquiétude, la recherche d’une présence, des moments où Pomme reste seule à la terrasse d’un café, dans une pâtisserie, dans un parc. Elle attend son amant qui avait une affaire à faire. C’est embêtant d’avoir un amant qui fait des affaires, on ne l’a pas toujours à soi. Pomme voudrait avoir son homme rien que pour elle, chaque minute qui passe. Il va revenir, comme d’habitude, et dans un grand sourire, il va lui dire : « Tout va bien, c’est conclu ». A plusieurs reprises, elle avait cru voir le même homme dans la rue. Un grand blond, mince, qui se retournait, d’une allure dégagée. Elle n’y pensa plus, son amant arrivait, l’embrassait sur le bout du nez, payait la consommation et lui disait : « Tu viens, mon amour ? ». Alors, les amoureux descendent la Trinita dei monti, farfouillent via Condotti, Pomme fait déballer un million de boîtes à chaussures et le vendeur reste ravi de n’avoir rien vendu mais d’avoir pu plaire à Pomme. Se mirant dans la vitrine de Bulgari, Pomme passe en rêve une rivière de diamants, pare ses oreilles d’une incroyable monture de saphirs, glisse entre ses seins une breloque licencieuse en or massif. Chez Rossati, comment résister au spectacle d'hommes pantois devant les belles touristes qui entrent essayer des déshabillés, des voiles, des chemises de nuit, des blouses, des culottes, des soutiens-gorge, des tuniques, de si fines lingeries, de si somptueuses broderies.


 

 

Alors pour revenir sur Terre, ils iront ce dimanche matin sur la rive droite du Tibre, là, se tient un spectacle pouilleux mais si haut en couleurs qu’on ne peut dire avoir visité Rome sans avoir traîné quelques heures au marché aux puces de la porta Portese.

Des trésors sont étalés sur le sol à côté d’une voiture d’enfant à laquelle il manque une roue, un ancien récepteur de radio voisine avec un cristal de Bohème un peu ébréché, des milliers de bougeoirs d’église, en bois doré voisine avec des boutons de culotte, des couvertures de laine vierge, des soieries de Formose, des tours Eiffel. Vers le fond, on trouve des lots de pièces détachées d’automobiles pour construire des centaines de voitures, et la plupart des badauds sont des inspecteurs de police qui essayent en vain de retrouver un bout de voiture napolitaine ou un pare-chocs sicilien.

 

Après le restaurant du soir, ils marchent dans l’ombre, laissant l’asphalte des trottoirs les entraîner vers un peu de calme, difficile à trouver, parce que si Paris s’appelle ville lumière, c’est parce que Rome s’appelait déjà, avant l’invention de l’électricité : ville éternelle. Rome est la ville de toutes les lumières, de toutes les illuminations. Fontaines et façades, vitrines et coins de rue rivalisent d’une débauche d’éclairages. L’Italie, n’économise pas sur la féerie. Mais la fatigue de la longue journée  touristico-romaine n’a pas permis à Pomme de bien voir les lumières de la ville. Ici, le crépuscule ne s’éteint pas et des guirlandes s’accrochent aux reflets du fleuve jusqu’au petit matin.

Le soir, à Rome, il paraît qu’il a de fameuses boîtes de nuit, qu’il y a la dolce vita mais après encore des ruelles, des tournants, des escaliers, des descentes, le corso machin et la piazza chose, il y a le bonheur du bain chaud. Demain, on va à Ostia, il faut être en forme.

 

L’entrée de l’antique cité portuaire se trouve au bout de la via del Mare, bordée de cyprès, de pins ombelliformes, de ruines connues, de dépôts clandestins d’immondices, de vieilles voitures déglinguées. L’entrée est payante, toutes les entrées sont payantes. A croire que l’homme n’a d’autre passion que de collectionner des pièces de monnaie et des billets de banque – encore qu’en ce moment, la pénurie de lires permet un troc des plus étranges où l’on compte en chewing-gums, en boutons de culottes, en assignations émises par des hôtels ou de grandes compagnies pétrolières. Une fontaine jette vers le ciel de petits jets d’eau. Un enfant, le doigt appuyé sur la sortie d’un tuyau asperge copieusement un autre môme, grimé en Peau-Rouge. Derrière une voiture, était accroupi un tout petit garçon avec un chapeau de cow-boy et un ceinturon. Il jeta un regard furtif vers Pomme, tuniquée de court, qui ne devait pas être la squaw qu’il attendait. Contournant la loge du concierge à qui il fallait payer entrée et  parcage, un autre garçon, du même âge visait avec un revolver de zamac une ombre qui passait derrière la haie.

06.06.2006

envie d’être esclave et reine

La lecture de longs textes sur les carnets de notes (blog) est parfois fastidieuse, l’histoire est donc publiée en un découpage « feuilleton ».

Le texte entier peut se lire en commençant par le début (voir dans les « archives »).

Cependant, vous pouvez toujours obtenir le texte entier dans votre boîte en le demandant à :  xian@xianhenri.net

 

 

L’essentiel est la possession de soi.

 

Prendre le sexe de l’homme pour un sucre d’orge, cela ne se fait pas. Et pas non plus être pour lui coquillage béant.

 

 

Popop, chemisier blanc, col Claudine franchit les grilles du lycée. Des élèves courent en tous sens. Une balle frappe un surveillant. Le timbre de la cloche électrique s’enclenche et les jeunes gens s’engouffrent dans les locaux.

On se tait quand le professeur entre en classe. C’est l’usage, c’est politesse, c’est un des gestes qui se font.

 

Cela se fait et ceci ne se fait pas. C’est un enseignement sévère et une ligne de conduite rigide que dispense Pomme, jusqu’au moment où l’on touche à ce clitoris qui ne l’étonne jamais.

 

 

Pomme Chapitre 5

 

 

Ils sautèrent dans la Gs bleue pour aller éveiller à des kilomètres à la ronde des jalousies d’hommes et de femmes. Des dizaines d’yeux surveilleraient derrière les persiennes mi-closes la marche dansante de Pomme, le coup de vent coquin qui relèverait sa jupe bouillonnante, la défaillance soudaine de la bretelle de décolleté.

 

Et lui, sans doute, avait à faire par-là. L’amour de Pomme était cet homme et Pomme ne posait pas de questions sur avec et sans elle à Munich, à Belgrade, pas en Espagne tant qu’il avait eu Franco, à Amsterdam, souvent, à Luxembourg, à Bruxelles, à Wolverhampton et à Capetown. Il voyageait ou ils voyageaient, c’est tout, avec lui c’est bien, voilà tout. Il était exactement le type d’homme dont elle avait envie depuis toujours, envie de domination et de câlinerie, envie d’être esclave et reine.

 

(à suivre)

 

Posté par Marguerite Duvernois.

05.06.2006

Accepter la réalité

 La lecture de longs textes sur les carnets de notes (blog) est parfois fastidieuse, l’histoire est donc publiée en un découpage « feuilleton ».

Le texte entier peut se lire en commençant par le début (voir dans les « archives »).

Cependant, vous pouvez toujours obtenir le texte entier dans votre boîte en le demandant à :  xian@xianhenri.net

 

 

Accepter la réalité ou nier les évidences, est-ce un choix, dis-moi ? Dis-moi ? Dis-moi la paresse et le courage ? Ils seront de plus en plus seuls avec eux-mêmes face aux robots, aux systèmes logiciels, à la télévision multiservice, dis-moi de leur dire qu’il n’y a pas de guide, pas de vrai père du régiment, pas de timonier tout puissant, omniscient, pas de vérité universelle, pas de Dieu unique, et surtout pas de faiseurs de bien, qu’ils se méfient comme d’une peste bubonique de ceux qui leur veulent du bien, qu’ils soient eux, il y a eux et ils ne le savent pas. Peut-on oser leur parler de l’argent monnaie de singe et de l’idée Buckminster Fuller de passer bientôt, au plus tôt d’une économie mercantile à une économie de distribution. La démocratie parfaite et la justice universelle ont quitté le monde des humains lorsque l’âge d’or s’est éteint mais, dis-moi, dis-moi comment leur dire qu’ils sont leur propre juge et les membres de leur propre démocratie. Dis-moi comment leur dire que les idées qu’ils proclament ne sont pas les leur, qu’elles leur ont été infestibulées pat des psychopathes cherchant un frisson de névrose ou plus tristement quelques centaines de dollars ou de roubles. Comment chasser d’eux la peur de la machine, comment leur démontrer que nous ne sommes pas venus pour gagner notre pain à la sueur de notre front et que trois mille ans ont été nécessaires pour que le travail, s’il reste une contrainte, ne soit plus tout à fait dégoûtant,  parfois mortel. Ils sont jeunes, ils sont demain, ils sont aussi notre demain. Ils feront partie de notre bonheur si nous voulons du bonheur. Savoir-vivre. Comment leur donner le savoir-vivre ? Déjà le savoir-faire, c’est si difficile, alors ? Vie. Bonheur. Leur dire le bonheur, le chemin du bonheur. Tout se meut en moi qui voudrais tout leur dire, même ce que je ne sais pas encore, mais toi, toi, tu sais, n’est-ce pas ? Faire qu’ils n’attendent pas, qu’ils n’attendent rien que d’eux, que de tout en eux. La pente de la tristesse et de la dépression n’a qu’un seul sens, la descente vers l’ennui profond, la haine des autres et le dégoût de soi. Comment être affective et contemplative ? Comment résoudre le dilemme des désirs et des craintes, des répugnances et des adorations, est-ce que c’est parce que je suis une femme que je ne sais jamais si je veux ou si je ne veux pas, comment leur dire qu’il faut savoir, qu’il faut vivre, exister, ne pas subir, ne jamais baisser les bras, encore moins la tête.

Leur crier que nous devons être des milliers, des millions à croire en demain, à partager l’espoir jamais éteint d’une société libre curieuse et consciente du passé, du présent, du futur. Enseigner au futur. Aide-moi, dis-moi. Aide-moi à relire Miller. Dis-moi comment faire la fête, comment leur dire la fête pour qu’ils ne fassent pas la tête. Dis-moi je t’aime. Laisse tes mains, caresse-moi, fais-moi vivre, fais-moi crier. Aime-moi profond, plus fort. Qu’est-ce qui se fait ?

 

 

(à suivre)

 

Posté par Marguerite Duvernois.

 

03.06.2006

Croire essentiellement en la valeur de l’individu

Popop qui aimait son métier si fort devint prof-prof pour leur faire croire en moulte thèses, elle qui ne donnait qu’envie de faire croire en l’existence de la femme plutôt qu’en celle de Dieu.

Nous étions loin des Maria, Cléanthie, Maïté, Sabine, Marie-Laure, Chantal et Ingrid.

 

Pomme s’exalte, elle s’en veut de ne pas pouvoir leur faire comprendre tout ce qu’elle voudrait leur dire. Les garçons, ce n’est pas comme les filles.

Et son amant de rire devant pareille conclusion. « Tiens, tu ne savais pas ! » dit-il et il allonge la p’tite prof’, ruse avec les boutonnages, rampe de son corps le long du sien, et des forces lui viennent issues d’un pays secret dont Pomme s’émerveille encore chaque jour. Mais elle se défend et se force à se comprendre, savoir qui elle est, qui il est, qui sommes-nous. A ses élèves, elle voudrait tout dire, la faim dans le monde et les lèvres de l’amant sur celle de la gueuse, l’équilibre écologique et les mains de l’amant sur la maîtresse, les problèmes énergétiques et les seins qui se dressent, la compréhension des peuples et la plaine tendre des ventres de femmes, la libre circulation des biens et des idées et la queue qui fore un divin chemin. Mieux se comprendre pour mieux vivre. Croire essentiellement en la valeur de l’individu  dénier le droit de supériorité à la fonction, à l’habit. 


Leur rappeler qu’ils ont appris que l’habit ne faisait pas le moine et pourtant leur dire les pervenches, les gardiens de musées, les généraux, les pompiers, les prêtres et eux-mêmes : pull à logos commerciaux et jeans décolorés. Bref : se méfier des prophètes et quelquefois des professeurs. Leur démontrer que les Cassandre meurent avant les autres et que les futurologues qui, ne comptant qu’en pour cent, en produit national brut, en kilogrammes de blé ou d’uranium, ne peuvent que se tromper, puisqu’ils ne tiennent pas compte d’eux, de vous, des humains, de l’humanisme, de l’humanité.

 

Tout ça, tout cet enseignement que je leur donne, ne sera peut-être que des «bruits sans signification» se dit Pomme qui tremble et qui heureuse alors de trembler trouve refuge dans des bras puissants. L’échancrure de son corsage révélait deux petits seins  en forme de pommes qui valaient bien toutes celles de la tentation biblique et l’homme la découvre, nouvelle et pareille, Ève permanente, scène sans cesse répétée, sans lassitude aucune.

 

 

N’étaient-ils donc jamais fatigués de se regarder ? Qu’ils étaient loin de tout en ces moments. Qu’il était loin de tout, l’amant doux, sauf d’elle. Lui, connaissance, savoir, passé et futur, elle, Pomme toujours verte, pas


 envie de savoir, pas envie d’être autre chose que chair tourmentée dans ses bras. Être aimée, aimée, aimée. Conquise, violentée, soumise, ne plus penser, être, être, être. C’est pour être celle-là qu’elle avait fièrement laissé tomber les voiles qui couvraient son corps, qu’elle avait lâché la main de ses frères et sœurs, de sa maman, pour la glisser dans celle, rude, douce, de cet homme et adopté définitivement de voir le monde par ses yeux.

Le soleil projetait des flaques de lumières, glissait de vallées d’ombres en miroirs. Faisons l’amour, mon amour disait-elle, souriante, à nouveau tranquille, apaisée, femme nouvelle, révélée, conquérante, régnante du fond de sa parure la plus élégante : le centre de son corps.

 

Je suis Sœur Annuntiata, dit-elle. Tu t’appelles comment ? Viens dans la tente !

 

Dis-moi comment leur faire comprendre et aimer la vie ? Dis-moi comment leur dire le langage d’autrefois qui est source de futur ? Dis-moi comment leur inventer un avenir qui ne soit pas celui du condamné à mort, yeux bandés, dos au mur ? Dis-moi comment leur dépeindre l’ordre nouveau qui naîtrait du désordre ? Dis-moi comment leur montrer les fleurs ? Dis-moi comment parler du commencement et de l’accomplissement. Dis-moi comment leur dire l’existence, la pensée, la raison, le rêve, l’utopie ?

 

 

(à suivre)

 

Posté par Marguerite Duvernois

 

02.06.2006

Les humains sont frères, n’est-ce pas

Quatre-vingts hectares de terre normande sont devenus la ferme Ménard, à bicyclette, la nuit un fantôme pathétique et ridicule passe dans le chemin creux. On dirait qu’il y a plus de morts que de vivants et cependant, bientôt cinq milliards d’hommes. Il y a dix ans, ce soir-là devait être un test important. A quoi les hommes donnent-ils de l’importance ? Les démocrates contre les républicains, était-ce un jeu ? Ce fut une tragédie, de Dallas à Los Angeles, un scénario commun : un tireur méprisant les gardes du corps abat celui qui s’est levé pour dénoncer, un de plus depuis Démosthène, les abus d’une société. On a créé une commission d’enquête. On en avait d’ailleurs créé une autre, lorsque cinq années auparavant déjà, ce jour-là devait être un test important. Les nordistes contre les sudistes, était-ce un jeu ? Ce n’était pas un jeu, mais Pomme n’en sait rien, qui avait huit puis treize ans. Qui qu’il soit, un homme intéresse-t-il une fillette de treize ans ? Elle ne sait rien des Kriegspielen où quelques ordres sont donnés par des vieillards cacochymes, rabougris, honteux de leur vie et jaloux de toutes les jeunesses qu’ils ont vu naître. L’amant de Pomme soupire, s’étire, un petit sourire aux lèvres. On vient d’annoncer la disparition du


 bras droit du financier de la loge P2.

 

Les humains sont frères, n’est-ce pas explique Pomme à ses élèves dans la nouvelle école.

 

Oui, le bâtiment nouveau est arrivé et avec lui, un autre quartier, une autre population, des garçons en masse, de nouveaux professeurs, un nouveau directeur.

 

Pomme cela donc l’ardeur de ses yeux sombres et brillants, elle eut voulu aussi pincer un peu ses lèvres non peintes, qui n’étaient pas vraiment serrées mais un peu rapprochées pour effacer l’arme trop éblouissante de sa denture. Elle fut quelques jours après la rentrée, l’actrice, la comédienne qui savait jouer à la jeune femme banale et neutre. Elle porta un tailleur sans paraître déguisée, bref, elle cacha son regard de braise en regard compétent pour les besoins de l’école, elle dissimula son âme de gitane qui ne pouvait manquer traumatiser ces pauvres nouveaux élèves qu’elle touchait, des garçons face à elle qui savait depuis son amant doux qu’elle ne pouvait que leur faire peur ou les faire bander

 

 

(à suivre)

 

Posté par Marguerite Duvernois

 

31.05.2006

 

Si j’étais allé là-bas, se disait-il, sans passer par Elskilstuna pour rencontrer Hanses, je n’aurais plus de rapports à faire. Et il songea que ce serait peut-être bon de changer de métier.

 

 

Pour Pomme, des moments sages succédaient à des audaces impossibles, négliger de passer une culotte pour imaginer le feu dans sa tête bouillant de la savoir sous des regards d’élèves sous les bancs, convoitée par des mâles dans les cages d’escaliers, surprise traîtreusement par un vent inopiné, faire l’amour fichti-frichti dans une encoignure de porte, avant d’entrer au lycée et continuer à le ressentir au milieu du ventre face à ces collègues qui ne pensent qu’à la grandeur de leur mission et devant ces grandes jeunes filles de dix-huit à vingt ans qui planchent sur leurs problèmes, pareilles peut-être, le câlin en tête.

 

Quelquefois une peur insidieuse, son homme s’évade, il dit qu’ils sont venus « Gott mit uns » il y a trente-sept ans et qu’ils sont repartis avec son père. Ou encore une automobile qui le frôle dans la rue. Un regard de tigre à l’affût ou un geste foudroyant de mise à l’écart, puis un soupir. Entre les émotions et la raison quelques années de la vie de Pomme avancent


donc cahin-caha la tête de l’oreiller avec un amant doux et les jambes grimpant les marches de l’escalier vétuste du vieil immeuble scolaire. A moins que ce ne soit la tête dans les locaux du lycée et les jambes grimpant le traversin.

 

La directrice inconsolable de la perte de son économe s’en ira et une ardeur nouvelle va naître :

On déménage l’école

Tiens, quand ça ?

Bientôt.

 

La plupart du temps, les filles sont moins belles, une fois nues ; lui savait que c’était le contraire avec Pomme qu’il aimait venir attendre devant la sortie du lycée. Pendant un quart d’heure, il se repaissait de fesses moulées, de seins arrogants, de jupons tressautants, de cris les plus divers, de tignasses de toutes les couleurs puis, c’était le soleil.

Chargée de son petit cartable studieux, sanglée dans son habit de travail, elle arrivait digne et sérieuse, voyait l’automobile arrêtée et c’était fête.

L’air sentait la nature et le foin coupé le ciel était un beau ciel de cinémascope hollywoodien quand il s’aperçut en remontant sous sa robe


qu’elle n’avait ménagé aucune barrière ; il frissonna, et Pomme pense que c’est enivrant de bouleverser un homme qui est beau et qui proche de la quarantaine ne pense qu’à la culbuter et après l’avoir renversée sur l’herbe retrousser la large robe jusqu’au-dessus des épaules. Le foin pique aux fesses et aux reins. Brusquement, elle est tirée de toutes forces et dépiautée, elle est nue à l’instant dans la campagne et proteste que quelqu’un peut passer, que vraiment ! ce n’est pas convenable.

 

D’ailleurs, on ne peut s’éterniser, il faut préparer demain, où il faudra parler des problèmes de l’eau, ou du Taj Mahal, à moins que ce ne soit de la croisière noire ou de la comptabilité à décalque.

Construire un monde meilleur où il fait bon vivre... mais voilà, il y a les jalousies des professeurs, les mesquineries, les envies, les dépits, les rivaux, les concurrents, les désireux, les avides, les soupçonneux, les traîtres et les idiots, sans compter quelques autres qu’on n’a pas bien aperçus. Il y a peu de Jacques Monod et de Jean Rostand. Va-t-on s’endormir après avoir découvert la pile atomique et le circuit imprimé ? C’est la glu, on ne décolle pas. On vient de voir le gouvernement interdire les bandits manchots et se précipiter sur l’organisation du loto. Le loto avec grand-mère et des boutons, on connaissait, on perd donc la tête, moins dignement que


 Egmont et Hornes, que Louis XVI et d’autres. C’est drôle, les humains, humains mes frères, mais Caïen et Abel n’étaient-ils pas frères ?

 

Marguerite Duvernois & Xian pour le texte & la mise en page.

29.05.2006

Ce fut la quatrième minute de distraction de l’amant de Pomme.

— Debout, beauté, c’est dimanche, le soleil brille, le printemps s’annonce et dans leur chambrette les jeunes filles préparent des robes légères et transparentes.

— Rien du tout, il pleut et il fait crasseux comme d’habitude. Pourquoi tu me réveilles ? Ce que tu veux, toi, mon amant ?


— Je veux m’immiscer au creux de la tiédeur du lit, de ton côté, et sentir ton parfum et en plus, je veux un renseignement.

 

— Comment fait-on pour cesser d’être soi et être sans cesse nous deux, moi en toi, toi en moi. Un amour, est-ce que cela finit, un jour ?

 

Elvis Presley vient de mourir, entraîne-t-il de l’amour dans la mort ?

Faut-il former des Elvis ou des Russel, une Marie Curie ou une Sheila ? Ambiguïté permanente de notre civilisation, réponse difficile.

 

Trop de jeunes, rédigea Pomme pour un mensuel, suivent une formation menant à des métiers pour lesquels il n’y a plus de débouchés. L’enfant qui aujourd’hui entre à l’école primaire commencera sa vie professionnelle au siècle prochain, y pense-t-on ?

Pomme y pense et croit que seul l’homme peut sauver l’humanité. Quelqu’un connaît-il la réponse à la question : « Que faire demain ? ». Et si les réponses étaient dans le passé ? Et si le linguam inoxydable n’était tout bêtement qu’un enregistrement magnétique que nous n’avons pas encore su lire ? Et toi, amant doux qui sait tout, qu’en penses-tu ?

Mais l’amant doux préfère ne pas répondre et de sa langue tisser d’autres messages que ceux de la raison.


Quelques fois, elle disait qu’elle aurait été un homme et l’aurait battu très fort, très fort.

 

 

Et le cycle continuait rythmé par les samedis et les dimanches, par Toussaint, Noël et Carnaval. L’amant présent, l’amant absent. Une carte postale de Londres, de Copenhague, de Lumbumbashi, de Stockholm.

A Stockholm, après avoir passé la soirée au Chat Noir, son amant rentra au Grand Hôtel. Comme il passait devant la réception en pensant que demain il achèterait du saumon fumé pour manger avec elle, il ne vit pas Van den Broeck, le Hollandais, qui du fond du bar, le regardait attentivement.

 

 

Pomme ne savait jamais très bien quel avion emportait son amant, ni même quel aéroport le voyait partir ou arriver. Il n’aimait pas, disait-il, les adieux de quai de gare. C’est ainsi qu’elle n’eut aucune angoisse particulière en apprenant le détournement d’un Boeing de la PanAm par des pirates de l’air, sur l’aéroport de Beyrouth, et que ces terroristes exécutèrent un passager. Au même moment, lui, achetant le saumon pensait qu’il venait de l’échapper belle en modifiant son itinéraire à l’improviste.